L’ortie : une fibre qui a de l’avenir

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L’ortie souvent vue comme une mauvaise herbe a pourtant plusieurs atouts dans ses piquants. Mise en avant pour ses vertus médicinales, cette herbe qui prolifère n’importe où, peut aussi être utilisée pour fabriquer du tissu et des toiles grâce à ses longues fibres

Qu’est-ce que l’ortie ?

De la famille des Urticacées, l’ortie est une plante herbacée composée de poils raides qui contiennent un liquide très irritant, ce qui en fait son impopularité. Il en existe une trentaine d’espèces, dont certaines sont utilisées dans le textile. Parmi les sortes d’orties dont les fibres sont utilisées pour la fabrication du textile, on retrouve l’ortie européenne (Urticas dioica), l’ortie de Chine (urtica nivea) que l’on nomme plus communément la ramie et l’ortie himalayenne (Girardinia diversifolia).

Spécificités de la plante

L’avantage de cette plante est quelle se cultive très bien. Ce n’est pas pour rien qu’on la traite de mauvaise herbe, elle prolifère tellement bien qu’on a du mal à s’en débarrasser.

Et bien cette fois-ci changeons de méthode et cultivons l’ortie ! Comme la plante a des rhizomes ou racines souterraines, elle devient vite invasive et encore plus lorsqu’on la coupe. Mais l’avantage c’est qu’en formant des ramifications souterraines, l’ortie peut vite devenir un atout pour le maintien de la roche, c’est le cas par exemple dans les montagnes himalayennes.

L’ortie de Chine s’adapte très bien au climat tempéré et peut donc facilement être cultivée en France, on peut même effectuer plusieurs récoltes dans l’année.

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L’ortie peut supporter des conditions extrêmes comme on peut le constater avec l’ortie himalayenne qui peut pousser sur des hauteurs allant de 1800 à 3000 mètres et peut même pousser jusqu’à 3 mètres de hauteur.

Extraction de la fibre

Les fibres pour la fabrication textile sont issues de l’écorce interne de la tige qui sont extraites :

– par le processus de rouissage, on met les tiges dans l’eau pendant plusieurs jours en changeant l’eau tous les jours, cela permet ainsi de séparer les fibres, du bois de l’écorce

– les tiges sont ensuite séchées à l’air

– une fois séchées, il faut séparer le bois des tiges et les fibres (le teillage)

– on procède ensuite au peignage des fibres pour retirer les impuretés

– puis les fibres sont filées

Une fibre textile à travers l’histoire

L’utilisation des fibres de l’ortie pour la production textile ne date pas d’aujourd’hui. En effet, son existence en tant que fibre textile remonte au néolithique. Ainsi, sur la momie Ötzi âgée d’environ 5300 ans découverte en 1991 sur un glacier des Alpes de l’Ötztal (entre l’Autriche et l’Italie), a été retrouvé un couteau dont le fourreau était fait de fibres d’ortie.

On a également découvert que pendant l’âge de bronze au Danemark, des linceuls étaient confectionnés à partir de fibres de cette plante.

La culture de l’ortie pour sa fibre fût introduite sous l’empire Romain avec l’introduction de la ramie. On retrouve son utilisation pour la fabrication des vêtements, des cordages et des fils pendant le Moyen-âge en Europe.

De la Renaissance au XIXe siècle, la production de textile à base d’ortie atteint son apogée en Allemagne ainsi qu’en France, mais déclinera progressivement au profit du coton. L’ortie reste cependant utilisée, un éloge en est fait par Victor Hugo dans Les Misérables :

“Si seulement la population connaissait ses multiples usages: jeune, l’ortie constitue un excellent légume nourrissant, adultes, ses tiges offrent des fibres qui donnent une étoffe très résistante. Chez les animaux, elle fait pondre les poules, rend les vaches plus fertiles et fait briller le poil des chevaux. Décidément, l’ortie offre beaucoup pour le peu qu’elle demande.”

Jusqu’à la première guerre mondiale, les Allemands ont utilisé l’ortie pour confectionner l’équipement de l’armée (uniformes, sacs, etc.) par manque de coton. Cependant la production décline. En effet, il faut beaucoup de plantes pour produire de la fibre et son extraction est difficile comme elle ne peut pas être totalement mécanisable.

En quoi l’ortie correspond à une démarche éco-durable ?

Facile à cultiver, solide et biodégradable

Même si la fibre de l’ortie est difficile à extraire, la plante elle-même reste facile à cultiver. Pas besoin de beaucoup d’eau, pas besoin d’engrais, on le sait déjà, ça pousse comme de la mauvaise herbe. Quand on voit les quantités d’eau et d’engrais qui sont utilisés pour produire le coton dans la fabrication d’un jean, cela peut vite devenir une alternative intéressante pour polluer moins.

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De plus, c’est une plante qui produit une fibre très solide et très résistante (ce n’est pas pour rien que l’on utilisait l’ortie au Moyen-âge pour faire des cordes) ! Elle apparaît dès lors comme une matière première de choix dans la production de textile éco-durable.

Et petit atout en plus le tissu à base d’ortie permet une bonne isolation thermique, pratique pour l’hiver pour rester au chaud et pour l’été garder une certaine fraîcheur. Sans oublier d’ajouter que comme il s’agit d’une matière naturelle, celle-ci est également biodégradable.

Revenir à l’ancien et au local

Les textiles à base d’ortie tout comme ceux à base de chanvre ou autres fibres libériennes, ressortent progressivement de l’oubli. Face aux enjeux écologiques, la demande en matières textiles plus naturelles, biologiques et allant dans une perspective éco-durable se fait grandissante.

Ainsi revenir à des matières premières cultivées de préférence de manière écologique et aussi sur le sol européen devient une nécessité. Dès lors l’ortie qui se cultive très bien chez nous a de bonnes perspectives d’avenir dans la production textile.

Des entreprises françaises se lancent dans la filature de l’ortie, en plus du lin, comme le groupe Velcorex – Matières françaises (regroupant les entreprises Emanuel Lang, Philea, Tissages des Chaumes) qui développe des techniques pour faciliter l’extraction des fibres afin de la rendre plus performante. Le groupe travaille de manière à ce que la production et la filature soient effectuées localement et notamment dans les régions d’Alsace et des Hauts-de-France.

L’ortie, le textile du futur ? Des vêtements en ortie

Le patron du groupe Velcorex, Pierre Schmitt propose ainsi un jean 100% ortie qui de plus est certifié par le label France Terre Textile, indiquant qu’une grande partie de la production est effectuée en France. On retrouve cet engouement de la fibre naturelle chez d’autres marques et créateurs. Ainsi la marque italienne Corpo Nove proposant des jeans et la créatrice allemande Gesine Jost offre une collection de vêtements en ortie.

L’ortie se présente donc comme une alternative écologique et durable au coton et aux fibres synthétique et ouvre des perspectives prometteuses dans la production textile.

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